Des verres teintés pour les migraineux
Entre les crises, la majorité des migraineux témoignent généralement d’une gêne à la lumière (photophobie) qui, souvent légère, peut devenir un réel handicap pour les plus atteints. En crise, la luminosité exacerbe la douleur. Par ailleurs, de nombreux migraineux déclarent que la lumière est un de leurs déclencheurs.
• Source : Lien entre photophobie, troubles du sommeil et chronicité de la migraine : résultats d’une analyse rétrospective, à lire ici.
Cependant, des recherches récentes suggèrent que la luminosité ne serait pas un déclencheur mais qu’une exacerbation de l’intolérance à la lumière dans les heures qui précèdent la crise serait un symptôme du prodrome, la phase annonciatrice de la migraine. Autrement dit, la sensation qu’ont les patients du déclenchement d’une crise ne serait qu’une photophobie prémonitoire.
• Source : Migraine et lumière – Revue de littérature, Headache : The Journal of Head and Face Pain, publiée par Wiley (citant notamment l’étude MAST 2020, Noseda et al., et Main et al. 2000 sur les longueurs d’onde spécifiques déclenchant la photophobie), à lire ici.
En tout état de cause, la luminosité est source d’inconfort voire de douleur pour les patients.
Légitimement, ils recherchent un dispositif pour les soulager et/ou prévenir les crises. C’est tout l’objet de cet article.
La photophobie, un élément du diagnostic de la migraine.
De nombreux articles de notre site traitent ce sujet. Vous les découvrirez à travers les liens hypertextes.
La migraine engendre généralement une hypersensibilité aux stimuli sensoriels. Elle se traduit différemment d’une personne à l’autre mais tous les sens peuvent être touchés : intolérance aux bruits (phonophobie), aux odeurs (osmophobie), au toucher (allodynie), à la lumière (photophobie).
Pour en savoir plus, découvrez nos contenu à propos de :
- l’hypersensibilité sensorielle des migraineux,
- l’allodynie,
- la phonophobie,
- la photophobie ; cedont il est question dans cet article renvoie à l’intolérance à la lumière. C’est l’un des symptômes caractéristiques pour le diagnostic de la migraine.
Quels sont les principaux organes de l’œil impliqués dans la photophobie en général et chez les migraineux ?

En 2020, des chercheurs ont soumis des patients sains et des patients migraineux en phase intercritique (entre les crises) à un examen, l’électromyographie. Ils ont pu ainsi déterminer l’influence de la luminescence des cônes et la mélanopsine dans l’expression de la photophobie. Chez les migraineux, le seuil de tolérance était plus bas et l’implication de la mélanopsine était 1,5 fois plus importante. Ils en concluent que les migraineux sont hypersensibles à la mélanopsine. De plus, chez les migraineux, après l’illumination, la dilatation de la pupille se prolonge plus longtemps.
• Source : L’hypersensibilité à la mélanopsine domine la photophobie interictale dans la migraine, Sage Journals, Cephalagia. À lire ici.
Et dans le cerveau :

Le thalamus est un organe du cerveau qui sert de relais pour les informations sensorielles. Celles-ci sont ensuite traitées par différentes parties du cerveau, dont l’hypothalamus, qui jouerait un rôle majeur dans la maladie migraineuse.
Concernant la migraine, de nombreuses études montrent l’implication de l’hypothalamus dans l’hypersensibilité sensorielle dont la photophobie et la nociception, la perception de la douleur via le système trigémino-vasculaire et le CGRP. La migraine est l’une des maladies neurologiques les plus complexes et, en réalité, il reste beaucoup à comprendre sur les mécanismes de la photophobie et leurs implications dans la migraine et sur la douleur. À l’heure actuelle, il est impossible d’agir sur cet organe pour limiter la fréquence des crises ou la photosensibilité : les recherches se poursuivent.
• Sources : Compréhension actuelle de la structure et de la fonction thalamiques dans la migraine, PubMed. À lire ici.
Hyperactivité du thalamus médial chez les patients atteints de migraine associée à la photophobie, The Journal oh Head and Face Pin. À lire ici.
Alors, quelles solutions ?
La lumière se décompose en plusieurs longueurs d’ondes qui constituent le spectre lumineux. Le défi est de préserver une bonne vision globale et la perception des couleurs tout en diminuant la photophobie.
Comme on l’a vu précédemment, l’un des éléments qui semblent le plus impliqué dans la sensibilité à la lumière est la mélanopsine. Or, ce photo-pigment est particulièrement sensible à la lumière bleue-verte. Des chercheurs ont donc exploré les pistes pour diminuer cette hyper-réaction à la lumière, et en particulier à la lumière bleue-verte qui correspond à la longueur d’onde 480 ainsi qu’aux valeurs proches.

Les travaux ont commencé dans les années 90 alors même que le phénomène n’était pas encore bien compris. En 1991, une très petite étude comprenant 20 enfants avait pour objectif d’évaluer l’efficacité éventuelle de lunettes teintées en rose ou bleu sur la fréquence de migraines. Les résultats montraient une nette diminution de la fréquence des crises chez les enfants qui avaient porté des lunettes roses. Cependant, les données étaient trop peu robustes pour réellement conclure à une efficacité des lunettes roses.
Source : L’utilisation de lunettes teintées dans la migraine infantile, PubMed. À lire ici.
Ça a été le début de nombreuses recherches réalisées par des chercheurs indépendants mais aussi des fabricants de lunettes. Cela a abouti au Filtre FL41 qui est une teinte spéciale du verre en rose, laissant passer toutes les longueurs d’ondes de la lumière en limitant celle de la lumière bleue-verte autour de 480 nm (nanomètres).
Ces filtres thérapeutiques sont aussi développés pour d’autres pathologies dont l’un des symptômes est l’hypersensibilité à la lumière.
De nombreux fabricants en proposent différentes versions :
- Eschenbach, par exemple, propose la gamme Acunis. Les différents types de filtres thérapeutiques transmettent un pourcentage plus ou moins important de longueurs d’onde (autour de 480), permettant à la personne de trouver ce qui lui convient le mieux.
- Théraspec : l’un des anciens fabricants propose une gamme pour s’adapter à de nombreuses situations.
- Essilor propose de nombreux filtres thérapeutiques mais leur site est devenu confus.
- Il en existe bien d’autres.
Gardez bien en tête que nous sommes tous différents. Ce qui fonctionne pour une personne ne fonctionne pas forcément pour une autre. Les opticiens sérieux peuvent vous proposer des clips ou des lunettes à tester sur quelques jours avant achat. Privilégiez les opticiens basse vision, ils sont spécialisés dans les problèmes de vue, déficit visuel, maladie visuelle dont hypersensibilité visuelle… Vérifiez sur le site ou la vitrine si « Basse Vision » est indiqué.
Un article rédigé par Sabine Debremaeker, présidente de la Voix des Migraineux
Crédit : Canva


