La digestion et la migraine

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Rédigé par Morgane Rivera Vargas et Sabine Debremaeker de la Voix des Migraineux

Les troubles digestifs tels que la nausée et les vomissements font partie des critères diagnostics de la migraine. Le lien est connu depuis très longtemps. Pour compliquer les choses, il existe un type de migraine qu’on dit « abdominale ». C’est même en partie l’origine de la confusion avec les prétendues « crises de foie » qui étaient posées comme diagnostics autrefois.

En effet, la migraine [selon les critères de la Classification internationale des céphalées, 2e édition (International classification of headache disorders)] se manifeste par des maux de tête qui ne sont pas attribués à un autre trouble et qui durent de 4 à 72 heures (en l’absence de traitement ou en cas d’échec du traitement) avec au moins 2 des caractéristiques suivantes : (1) localisation unilatérale ; (2) qualité pulsatile ; (3) intensité modérée ou sévère de la douleur ; et (4) aggravation par ou causant l’évitement d’une activité physique de routine avec (1) nausées et/ou vomissements et/ou (2) photophobie et phonophobie.

La crise de foie n’existe pas, ce n’est pas une pathologie même si certains praticiens de médecines complémentaires l’affirment. Cet inconfort résulte d’une sur sollicitation du système digestif (estomac, intestins, pancréas) due à une alimentation trop riche en gras, sucré, salé.

ALORS, QUELLE EST LA RELATION ENTRE LA MIGRAINE ET LES TROUBLES DIGESTIFS ?

Plusieurs études ont exploré les liens qui pourraient exister entre les maladies gastro-intestinales tels que le syndrome de l’intestin irritable, les intolérances alimentaires, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, la maladie cœliaque et la migraine. Elles tendraient à démontrer un lien physiologique entre ces deux pathologies. Une méta-analyse de ces études a conclu que leurs méthodologies étaient difficilement comparables et les données insuffisantes pour expliquer des liens physiopathologiques entre la migraine et ces troubles gastro-intestinaux. Des études bien menées et plus poussées sont nécessaires. Un de ces troubles est la gastroparésie qui semble jouer un rôle important pour certains patients.

Dans un système digestif sain, de fortes contractions musculaires font passer les aliments dans l’appareil digestif. La gastroparésie est une pathologie qui provoque un dysfonctionnement des muscles de l’estomac, ce qui l’empêche de se vider correctement. On observe un ralentissement des mouvements de l’estomac associé à une baisse de leur amplitude, sans preuve d’obstruction mécanique. Cette vidange lente provoque des symptômes digestifs persistants, en particulier des nausées, et affecte principalement les femmes jeunes ou d’âge moyen, mais aussi les jeunes enfants et les hommes. Les symptômes générés par la gastroparésie nuisent considérablement à la qualité de vie de la grande majorité des patients et handicapent environ 1 patient sur 10 atteint de cette maladie.

Les principaux symptômes de la gastroparésie comprennent : ballonnements, sensation de satiété après quelques bouchées de nourriture (satiété précoce) et anorexie. Ceux-ci peuvent varier d’un patient à l’autre, tant en termes de combinaison que de gravité. Les nausées peuvent devenir si intenses qu’elles déclenchent des vomissements même après quelques gorgées d’eau. Les vomissements, également fréquents, commencent généralement quelques heures après le repas de sorte que les aliments sont encore reconnaissables et non digérés. Parmi les autres symptômes, citons les éructations et les ballonnements – qui, là encore, apparaissent peu après l’ingestion du repas et durent plusieurs heures – ainsi qu’une distension abdominale visible. La distension et le ballonnement peuvent pousser contre le diaphragme rendant ainsi la respiration inconfortable. La perte d’appétit (anorexie), l’évitement conscient de la nourriture dans le but d’atténuer les symptômes digestifs ou l’envie de manger sont également fréquemment signalés. Chez la plupart des patients, les symptômes gastro-intestinaux présentent soit un schéma cyclique avec des poussées, soit des manifestations quotidiennes qui persistent pendant des années.

L’association entre les troubles de la motilité gastrique et la migraine est peut-être méconnue, car de nouvelles données indiquent que 36,6 % des patients souffrant de gastroparésie souffrent de migraines. Très peu d’études évaluant les troubles de la motilité gastrique chez les patients migraineux ont été réalisées et nous savons peu de choses sur le lien physiologique entre ces pathologies. C’est pourquoi la recherche est importante afin de pouvoir étudier davantage la relation entre la gastroparésie et la migraine, ainsi que pour trouver de nouveaux médicaments qui puissent traiter efficacement les patients atteints de ces deux pathologies.

Une recherche documentaire dans PubMed (voir 7) a été effectuée pour trouver des articles relatifs à la relation entre l’intestin et le cerveau, sans restriction quant à l’année de publication. Les études apportant un soutien scientifique aux liens entre la gastroparésie et la migraine ainsi que l’impact que ces liens peuvent avoir sur le traitement de la migraine, ont constitué le principal objectif.

Cette recherche ainsi que les études pharmacocinétiques et de motricité gastrique menées au cours des 40 dernières années ont démontré que la gastroparésie est fréquente chez les migraineux. Cela laisse à penser qu’elle est à l’origine des nausées et des vomissements qui surviennent pendant une crise. Chez les personnes migraineuses, elle est fréquente pendant et en dehors des crises de migraine. La nature, les causes, les corrélats et les conséquences de la gastroparésie dans la migraine commencent tout juste à être élucidés ; de nombreuses études supplémentaires sont nécessaires.

QUELLES CONSÉQUENCES SUR LA PRISE DE MEDICAMENTS PAR VOIE ORALE ?

La relation entre la migraine et la motilité gastrique a des implications cliniques importantes dans le traitement de la migraine, car un retard de vidange gastrique peut affecter l’absorption des traitements oraux de la migraine. En effet, la gastroparésie peut ralentir la capacité de l’organisme à assimiler les médicaments pris par voie orale.

Les résultats (des études pharmacocinétiques) montrent que les taux d’absorption des médicaments contre la migraine sont généralement plus lents pendant les crises de migraine que pendant les périodes sans migraines. Les migraineux présentent d’ailleurs des taux d’absorption des médicaments encore plus ralentis par rapport aux non-migraineux.

Les données disponibles à ce jour montrent que la gastroparésie dans la migraine semble être cliniquement importante. Des preuves provenant à la fois d’études pharmacocinétiques et d’études mesurant la fonction motrice gastrique suggèrent que la gastroparésie peut retarder l’absorption d’un médicament administré par voie orale, retarder ses concentrations sériques maximales et retarder son efficacité. Les traitements par voie orale qui dépendent de l’absorption à partir du tractus gastro-intestinal pourraient être affectés en présence d’une gastroparésie et d’une migraine. Ainsi, l’absorption des triptans pourrait être affectée pendant une crise de migraine. [Étude “When pills don’t work : disorders of gastric motility in migraine” (en anglais seulement, voir 6)]

QUELLES SONT LES SOLUTIONS POSSIBLES POUR LIMITER L’EFFET DE LA GASTROPARÉSIE ?

Des formulations non orales qui ne dépendent pas de l’absorption gastro-intestinale sont disponibles ou en cours de développement pour le traitement de la migraine et des symptômes de la gastroparésie. Les antimigraineux pouvant être administrés au moyen d’un inhalateur ou d’un patch sont les plus intéressants. En effet, les voies d’administration non orales peuvent avoir un impact positif sur les patients souffrant de migraines et de troubles de la motilité gastrique, et les voies non invasives et non orales telles que la voie nasale constituent une excellente alternative. Les injections sont aussi efficaces quoique plus invasives.

Il est également possible de prendre des traitements pour traiter la gastroparésie en elle-même. Les thérapies utilisées pour traiter les personnes atteintes de gastroparésie comprennent des mesures non pharmacologiques, une modification du régime alimentaire, la chirurgie, ainsi que des médicaments : stimulant la vidange gastrique (prokinétiques), réduisant les vomissements (antiémétiques), contrôlant la douleur et les spasmes intestinaux.

Les interventions non pharmacologiques comprennent : des suppléments vitaminiques liquides (y compris des niveaux optimaux de vitamine D), l’arrêt du tabagisme et de la consommation d’alcool, l’apprentissage de techniques de relaxation profonde, le recours à l’acupuncture ou à la stimulation des points d’acupuncture, et la révision de tous les médicaments et suppléments avec un pharmacien pour s’assurer que le régime actuel ne contribue pas au retard de vidange gastrique. D’autres thérapies non pharmacologiques comprennent la réadaptation autonome ; souvent liée à la formation développée par la NASA pour le mal des transports dans l’espace, la réadaptation autonome s’est avérée prometteuse chez certains patients. Une autre solution non-médicamenteuse est l’électrostimulation gastrique. Cette option chirurgicale est indiquée pour les patients souffrant de nausées et de vomissements chroniques dus à la gastroparésie et réfractaires aux médicaments. Le neurostimulateur gastrique est implanté sous la peau et relié à deux sondes.

Les modifications du régime alimentaire consistent à prendre cinq à six petits repas par jour et à éviter les aliments riches en fibres insolubles et en graisses, qui peuvent tous deux ralentir la vidange de l’estomac. L’intolérance au lactose est fréquente dans la gastroparésie, il est donc utile d’éviter les produits laitiers, mais le lait fermenté (yaourt) est acceptable. Certaines personnes s’en sortent mieux avec des aliments liquides ou en purée tout en évitant les aliments solides difficiles à digérer. Les compléments nutritionnels liquides sont également une excellente source de calories et de protéines supplémentaires pour compenser les carences nutritionnelles résultant d’un manque d’appétit.

À noter, de nombreux aliments sont accusés à tort d’être déclencheurs de crise. Or la fringale de sucré, salé et gras est un des symptômes du prodrome, la première phase de la crise de migraine.

Sources et bibliographie :

  1. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33793965/

  2. https://rarediseases.org/rare-diseases/gastroparesis/

  3. https://headachejournal.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/head.12112

  4. https://www.medtronic.com/be-fr/patients/pathologies/gastroparesie.html

  5. https://migraine.com/migraine-types/gastric-stasis-migraine

  6. https://impelpharma.com/2020/06/13/when-pills-dont-work-disorders-of-gastric-motility-in-migraine/

  7. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5532317/

Mise à jour le 30 Septembre 2022

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