Questions/Réponses sur le VYDURA – Rimégépant

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Questions au docteur Cédric GOLLION,

Neurologue au CHU DE TOULOUSE.

Le docteur Cédric GOLLION est membre du Service de neurologie vasculaire et céphalées du CHU de Toulouse (31) ainsi que de l’équipe INSERM 1214 Toulouse NeuroImaging Center (ToNIC). Il est aussi membre du conseil d’administration de la Société Française d’Étude des Migraines et Céphalées. 

Le Vydura (rimégépant) a obtenu l’Autorisation de Mise sur Marché européenne le 11 mai 2022. Le laboratoire a annoncé sa commercialisation en France le 13 octobre 2023. Actuellement, en mars 2024, il peut être délivré en pharmacie sur prescription d’un médecin généraliste ou d’un neurologue. Cependant, il n’est pas remboursé.  

La Voix des Migraineux (LVDM) :  Bonjour docteur, pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouveau traitement disponible ?  Est-ce une innovation et en quoi ?

Dr GOLLION : Le rimégépant fait partie de la classe thérapeutique des gépants qui sont assurément des innovations thérapeutiques. Les gépants sont des médicaments développés spécifiquement pour traiter la migraine et le rimégépant est le premier de cette classe thérapeutique à être disponible en France. De plus, il a la particularité d’être à la fois un traitement de crise et un traitement de fond, ce qui est nouveau dans l’approche thérapeutique de la migraine.

LVDM : Quelle est son indication ? 

Dr GOLLION : Le rimégépant est indiqué en traitement de crise de la migraine avec ou sans aura. Il est aussi indiqué en traitement de fond de la migraine, épisodique ou chronique, à partir de 4 jours de migraine par mois. En traitement de fond, il doit être pris un jour sur deux.

LVDM : Comment agit-il ?

Dr GOLLION : Lors d’une crise de migraine, les neurones libèrent le CGRP (Calcitonin Gene Related Peptide). Le CGRP se fixe sur un récepteur localisé au niveau des vaisseaux sanguins et des nerfs de la douleur du crâne. Cela provoque une dilatation des vaisseaux sanguins et une transmission de la douleur au cerveau. Le rimégépant, en bloquant le récepteur du CGRP, empêche le CGRP de s’y fixer et d’enclencher la cascade de la douleur.

LVDM : Sous quelle forme se présente-t-il ? 

Dr GOLLION : Il s’agit d’un lyophilisat oral, c’est-à-dire d’un comprimé effervescent. Il est vendu dans des boites de 2 à 8 comprimés.

LVDM : Quelle catégorie de patients peut se le voir prescrire ? 

Dr GOLLION : En théorie, tout adulte peut se voir prescrire le rimégépant en traitement de crise, en l’absence de contre-indication. Cependant, l’absence de remboursement nous conduit à le proposer en cas d’échec ou de contre-indication des autres traitements de crise comme les anti-inflammatoires et les triptans. En traitement de fond, il est indiqué à partir de 4 jours de migraine par mois. Cette prescription est limitée par l’absence de remboursement.

LVDM : Y-a-t-il des contre-indications ?

Dr GOLLION : Une contre-indication est une situation qui ne permet pas de donner le médicament pour des raisons de sécurité. Le rimégépant est contre-indiqué en cas d’allergie au médicament. Il faut ajouter à cela que le rimégépant n’est pas recommandé en cas de grossesse ni dans les 6 mois après un accident vasculaire, comme un AVC ou infarctus du myocarde.

LVDM : Quels sont les principaux effets secondaires ?

Dr GOLLION : Les principaux effets secondaires sont des nausées, des vertiges et des réactions allergiques.

LVDM : Nous migraineux devons limiter notre consommation de traitements à cause du risque de surconsommation médicamenteuse car dans 30 % des cas, cela peut conduire à la migraine chronique. À quelle fréquence peut-on le prendre ? 

Dr GOLLION : Le rimégépant n’expose pas à un risque de surconsommation médicamenteuse contrairement aux autres traitements de crise. Il peut être pris en traitement de fond un jour sur deux. Il est même possible d’avoir le rimégépant en traitement de fond un jour sur deux et de traiter une crise de migraine par du rimégépant le jour où il n’est pas déjà pris en traitement de fond. Cependant, nous n’avons pas de donnée de sécurité suffisante pour une prise plus de 18 jours par mois.  

LVDM : Doit-on éviter son association avec certains médicaments ? Pourquoi ? 

Dr GOLLION : Le rimégépant présente un risque d’interaction avec certains médicaments. Une interaction médicamenteuse est une modification de l’effet d’une molécule par une autre molécule. Les étapes de transport et d’élimination du rimégépant dans le corps peuvent être modifiées par d’autres médicaments prescrits en cardiologie, en infectiologie, en psychiatrie et par le jus de pamplemousse !

LVDM : Ce médicament présente-t-il  des risques en cas de grossesse ?

Dr GOLLION  : Les données actuelles ne permettent pas de se prononcer sur le risque en cas de grossesse. Le rimégépant n’est donc pas recommandé dans ce contexte.

LVDM : Peut-il être prescrit aux enfants ?

Dr GOLLION : Aujourd’hui, le rimégépant ne peut pas être prescrit aux enfants, mais des études dans la population pédiatrique sont en cours.

LVDM : Ce traitement est-il remboursé ? 

Dr GOLLION  : Non, malheureusement le rimégépant n’est pas remboursé et il est couteux. Le comprimé est vendu 25 euros, auxquels s’ajoutent les prix du grossiste et du pharmacien.

LVDM : Souhaitez-vous ajouter d’autres informations sur l’utilisation du Vydura ? 

Dr GOLLION : C’est un médicament efficace et bien toléré. Il est urgent de pouvoir le rendre disponible à tous les patients qui en ont besoin.

LVDM : Nous avons appris que des essais cliniques sont en cours en France. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel en est l’objectif ? Qui peut y participer et comment faire pour être retenu ? 

Dr GOLLION  : Trois essais cliniques sur le rimégépant sont en cours en France. Une étude porte sur le rimégépant en traitement de fond de la migraine épisodique avec deux doses différentes : un jour sur deux ou tous les jours. Un essai clinique porte sur le rimégépant en traitement de crise chez les patients résistants aux triptans. Enfin, une étude porte sur le rimégépant comme traitement de fond en population pédiatrique. Il faut se rapprocher de votre neurologue pour en parler et savoir si votre centre de référence participe à l’une de ces études. 

Conclusion

Le Vydura représente une chance de plus d’être soulagé. Malheureusement, il n’est pas remboursé et son prix exorbitant le rend inaccessible pour la grande majorité des malades. Des essais cliniques complémentaires sont conduits afin de recueillir un maximum de données avant de déposer une évaluation en vue de remboursement auprès de la Commission de la transparence de la Haute Autorité de la Santé. 

Cédric Gollion déclare les liens d’intérêt suivants :