Migraine et génétique, MTHFR et commotion cérébrale

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Résumé de l’interview du docteur Lyn Griffiths

Migraine Word Summit 2020

 
La professeure Lyn Griffiths est directrice générale de l’Institute of Health and Biomedical Innovation, le plus grand institut de recherche interdisciplinaire de l’Université de technologie du Queensland. Un généticien moléculaire actif et respecté avec plus de 28 ans d’expérience dans l’étude des troubles génétiques complexes humains avec une expertise spécifique dans la cartographie génétique humaine et l’analyse de l’expression génétique dans la migraine, les maladies cardiovasculaires et plusieurs types de cancer.
DÉFINITIONS

• Le glutamate est un neurotransmetteur, une substance chimique qui agit dans le cerveau. Il a été démontré que les taux sont augmentés chez les migraineux durant les crises. Nous savons aussi que le glutamate interfère avec de nombreux autres neurotransmetteurs dans le cerveau.

MTHFR est le nom officiel d’un gène. Ce gène permet au corps de fabriquer une substance qui permet de transformer certaines vitamines B sous une forme que le corps peut utiliser. Le corps utilise ensuite ces composés pour entre autre produire des neurotransmetteurs comme la dopamine, la sérotonine et la norépinephrine.

QUESTIONS

• La migraine est-elle d’origine environnementale ou d’origine génétique ?
• Si la migraine est d’origine génétique, pouvons-nous réellement espérer modifier la fréquence, l’intensité et la durée des crises ?
• Est-ce que nos gènes interagissent avec l’environnement ?

L’analyse des données de l’ADN de 60 000 migraineux et la comparaison avec des personnes non-migraineuses a permis d’identifier une quarantaine de gènes communs aux migraineux.

La migraine est donc en grande partie d’origine génétique. On retrouve dans 90% des cas, un parent au premier ou au second degré atteint. La transmission héréditaire n’est pas encore complètement expliquée.

Nous pensons que les composants de la migraine sont :
– 45 à 60% d’influence génétique
– 40 à 55% de facteurs environnementaux : mode de vie, alimentation, déclencheurs, (la façon dont notre susceptibilité génétique réagit à notre environnement…)

Pour les migraines communes, nous ne trouvons que des susceptibilités génétiques, des gènes qui dans certaines situations peuvent exprimer la migraine. C’est l’association de plusieurs de ces gènes qui peut favoriser la migraine.

Une cause génétique, c’est différent, car alors un seul gène est impliqué.

La cause génétique est démontrée pour une sous classe de migraine avec aura : la migraine hémiplégique familiale. Une forme de migraine très invalidante comprenant des paralysies et de nombreux symptômes neurologiques. Trois gènes sont formellement identifiés. Les parents porteurs d’un de ces gènes ont une chance sur 2 de le transmettre à leurs enfants. Si la personne est porteuse d’un des 3 gènes liés à la migraine hémiplégique, on sait qu’elle a de grande chance de devenir migraineuse.

Par contre, pour les migraines communes, c’est plus compliqué, plus aléatoire. Il faut une association de gènes susceptibles et il y a de nombreuses variations. Certaines personnes peuvent présenter ces variations et ne pas devenir migraineux.

Pour les personnes qui développent une maladie migraineuse, il est probable que ce soit l’interaction de cette association de gènes susceptibles avec l’environnement ou des déclencheurs propres à chaque malade qui fait émerger la migraine.

MUTATIONS GÉNÉTIQUES

Les mutations génétiques ne sont pas une maladie. Ce sont elles qui font que nous sommes tous différents : grands, petits, intelligents, habiles, etc. Certaines passent de générations en générations, d’autres apparaissent au cours de la vie, par exemple lors d’un cancer. Les mutations sont des choses normales la plupart du temps.

Par contre, savoir si une mutation résulte d’un dysfonctionnement est important pour identifier et diagnostiquer une maladie. Des mutations se produisent tout au long de la vie dans le corps lorsque les cellules se multiplient et copient parfois imparfaitement l’ADN. Il existe un système de contrôle qui surveille le nombre de mutations et  le corrige.

Avec l’âge, l’efficacité de ce système diminue. D’autres facteurs comme le tabac, les radiations, de mauvais aliments peuvent aussi le perturber.

Pour les aliments, ce sont particulièrement les additifs, les conservateurs qui sont contenus dans les aliments. D’ailleurs certains ont été interdits. Pour la plupart, ils ne déclenchent pas de mauvaises mutations mais augmentent de façon très significative le taux de mutations.

C’est ainsi que notre environnement interagit avec notre ADN.

DÉFINITIONS UTILES : (INSERM)

ADN : Notre génome composé de 46 chromosomes hérités de nos parents et sur lesquels on compte environ 25 000 gènes.

LA GÉNÉTIQUE : Il s’agit de l’étude des gènes.

L’ÉPIGÉNÉTIQUE : Il s’agit de la façon d’étudier la couche d’informations complémentaires qui va définir comment ces gènes vont être utilisé par une cellule ou pas. Elle étudie les changements d’activité des gènes qui n’impliquent pas une modification de l’ADN. Contrairement aux mutations génétiques qui sont irréversibles, les mutations épigénétiques sont réversibles.

L’étude de l’épigénétique est probablement le meilleur moyen de comprendre comment l’environnement peut interagir avec notre ADN. Nous avons fait plusieurs études pour comprendre le rôle qu’elle joue dans la migraine.

Par exemple, nous avons étudié les effets des variations hormonales, de l’alimentation, des régimes, etc. Nous mesurons les changements d’activité des gènes confrontés à certains facteurs environnementaux.

Il y a eu de nombreuses études pour déterminer si la migraine était d’origine génétique ou d’origine environnementale. Actuellement, on pense que la migraine est à 45-60 % d’origine génétique et pour le reste d’origine environnementale. Cela ne vaut que pour les migraines communes. Pour ce type de migraines, il est possible que ce soit des combinaisons de gènes qui interviennent dans la durée, l’intensité et la fréquence des crises.

Pour ces migraines communes, c’est l’interaction de notre environnement avec notre ADN, notre susceptibilité génétique qui est différente pour chaque migraineux qui influe sur l’intensité, la fréquence et la durée des crises.
Pour les migraines dont la cause est purement génétique, les gènes affectent l’intensité, la fréquence et la durée des crises.

Nous savons que le glutamate joue un rôle dans la migraine. Il varie durant les crises et interagit avec d’autres neurotransmetteurs. C’est une bonne piste thérapeutique.
Le glutamate et le gluten sont deux choses totalement différentes.

DÉFINITIONS

ION : Particule chargée électriquement et formée d’un atome ou un groupe d’atomes ayant gagné ou perdu un ou des électrons.

CANAUX IONIQUES : Ce sont des petits ports dans la membrane des cellules qui permettent le passage des ions.

Les canaux ioniques sont très importants dans le fonctionnement des cellules. Ils aident à stabiliser le niveau des ions qui varie en fonction de l’environnement. Les gènes influent sur le fonctionnement des canaux ioniques. C’est le cas pour les migraines dont la cause est purement génétique comme la migraine hémiplégique familiale.

Les mutations génétiques impliquées dans ces migraines influent sur le comportement de ces canaux ioniques. Une mutation par exemple sur le fonctionnement des canaux ioniques gère le passage des ions chargés en calcium. Le niveau varie alors anormalement dans les neurones du cerveau. Cela impacte en cascade le niveau de glutamate, de sérotonine et d’autres neurotransmetteurs. Cela conduit à des migraines très sévères.

TRAITEMENTS

Il existe déjà de nombreux traitements. En regardant les différences d’efficacité selon les patients, nous commençons à comprendre les différences entre les personnes migraineuses et les personnes non migraineuses. Nous n’avons certainement pas trouvé tous les traitements ni tous les gènes impliqués. En avançant dans la connaissance, nous pourrons découvrir d’autres leviers pour concevoir de nouveaux traitements.

LES MÉCANISMES DE LA MIGRAINE

Nous pouvons maintenant rechercher de nombreuses mutations à condition de savoir lesquelles chercher. Toutes les personnes qui souffrent de migraines ne présentent pas forcément ces mutations. Elles sont plus particulièrement impliquées dans les migraines avec aura. Cela ne concerne donc pas les formes communes de migraines.

Dans le cas de migraine avec aura, il peut être utile de rechercher ce type de mutation. Cela peut permettre de repérer des carences en vitamines B et particulièrement en FOLATE et d’ainsi complémenter le malade afin de diminuer les risques cardiovasculaires ainsi que la sévérité, la fréquence et la durée des crises de migraine.

Une alimentation riche en ces nutriments peut aider. Les légumes verts en sont particulièrement riches. Que vous souffriez de migraine ou pas, la consommation de légumes verts est très bénéfique pour la santé.

Avant de prendre des compléments alimentaires vitamines B et Folates, il est important de consulter son médecin. En effet, à haute dose, ils peuvent interagir avec d’autres aspects de la santé.

Parmi les nouveaux traitements, le plus grand espoir réside dans les ANTICGRP. Ce sont les seuls qui donnent de particulièrement bons résultats. Plusieurs versions prometteuses vont être disponibles. Néanmoins, comme pour les triptans connus depuis de nombreuses années, ils ne sont pas efficaces pour tous.

Comme plusieurs gènes de susceptibilité sont impliqués dans la migraine, tous les patients ne sont pas répondeurs. Nous devons développer d’autres leviers pour adapter les traitements aux variations individuelles. Cela se fera dans le futur.

Dans le cas de la migraine hémiplégique familiale, pour laquelle 3 gènes ont été identifiés, il peut être intéressant de rechercher quel gène est impliqué. Selon le gène, les traitements efficaces sont différents. Une étude est en cours sur environ 200 patients présentant ces gènes afin d’approfondir nos connaissances et améliorer les traitements. C’est intéressant pour les personnes présentant un de ces 3 gènes.

Néanmoins, 75% des patients présentant de sévères symptômes de migraine hémiplégique ne possèdent pas ces mutations génétiques. Des membres de la famille peuvent aussi atteints. Il y a donc probablement d’autres gènes impliqués. Nous avons le projet d’une étude portant sur 20 000 autres gènes.

LIEN ENTRE COMMOTION CÉRÉBRALE ET MIGRAINE

Nous avons constaté que des enfants qui s’étaient fortement heurté la tête, développaient par la suite des migraines. Or les petits enfants se cognent souvent la tête. La plupart du temps, ils pleurent un bon coup et ça passe.

Nous avons découvert lors de recherches en Australie, un lien entre la mutation du canal ionique relié au calcium et le développement de la migraine après un traumatisme crânien relativement bénin. Les personnes présentant cette particularité peuvent souffrir d’une commotion cérébrale très sévère qui peut aller jusqu’au coma après un traumatisme crânien bénin. Nous avons constaté ce genre de lien pour certains patients atteints de migraines hémiplégiques. En cherchant plus loin, nous avons découvert un autre gène, le gène FHM2.

Nous constatons donc qu’il y a probablement un lien entre les gènes impliqués dans les sévères réactions aux traumatismes et le développement des migraines. Nous devons revoir notre approche thérapeutique des commotions cérébrales. Et probablement, adapter le traitement en tenant compte du gène impliqué.

Ce lien entre une réponse disproportionnée à un léger traumatisme crânien conduisant à une sévère commotion cérébrale peut aussi se retrouver dans la population non migraineuse par exemple chez les footballeurs.

Ma passion est la génétique de la migraine. Nous y travaillons depuis de nombreuses années, et ce pour deux raisons principales :

• Obtenir un meilleur diagnostic en identifiant clairement les gènes impliqués pour chaque patient.
• Élaborer des traitements adaptés à chaque patient.

En mettant en lien ces deux aspects, nous pourrons personnaliser le diagnostic et le traitement de chaque patient.

Source :

https://migraineworldsummit.com/talk/when-migraine-starts-or-stays-in-your-neck/

Traduction de  Sabine, présidente de la Voix des Migraineux.

Mise à jour 27 octobre 2022

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